Recréer le sentiment d’appartenance après les traumatismes induits par la guerre et les catastrophes naturelles

NORDIC MUSIC THERAPY CONGRESS STOCKHOLM, 8-11Août 2018
« Come together : body and soul-heart and brain »

10 août 2018
Keynote speaker : Melinda Ashley Meyer DeMott

« Recréer le sentiment d’appartenance après les traumatismes induits par la guerre et les catastrophes naturelles »
Traduction et résumé de la conférence : Dominique Praquin


Melinda A. Meyer DeMott, professeur en arts expressifs, à l’Institut norvégien pour l’Art-Thérapie (EXA), à l’European Graduate School (EGS), Suisse et à l’Université du Sud-Ouest, Norvège. PhD en Arts expressifs et psychodrame, directrice et co-fondatrice de l’EXA, professeur principal à l’ EGS et membre senior de l’Université de Norvège.
Auteure de trois films documentaires à l’EXA autour de réfugiés ayant subi des traumatismes, a porté plusieurs projets de recherche et écrit plusieurs articles sur le travail à l’EXA à propos des survivants. Sa recherche s’est concentrée sur le training spontané et le développement des modes de jeu avec des rescapés de traumatismes. En équipe elle a développé les arts expressifs dans ce programme transitionnel (EXIT), un programme de certification en formation continue, au Campus Malta.

Présentation de Melinda :
Cet exposé concerne ce projet EXIT mené avec 145 jeunes garçons réfugiés, soumis à une étude norvégienne contrôlée.
EXIT est un programme développé pour aider à la stabilisation des personnes vivant dans un état de stress extrême et permanent et/ou ayant survécu à des traumatismes dus à la Nature ou à l’Homme.
EXIT se concentre sur : l’amélioration du mouvement, du geste, des sons produits, de l’imagination, de l’engagement physique et psychique, de la connexion à l’ici et maintenant, de la sécurité et de la responsabilité.
C’est la première étude menée dans un cadre art-thérapeutique concernant des enfants non accompagnés demandeurs d’asile.
Un premier groupe planifié a été constitué ; l’objectif étant de renforcer la résilience, de faire face aux symptômes et aider à développer des espoirs réalistes pour l’avenir, sans se concentrer sur les mémoires traumatiques. Plusieurs évaluations de suivi furent menées pendant cette période de demande d’asile pour en apprendre davantage sur la possibilité d’effets à long terme de cette intervention.

Cadre de l’étude :
Les 10 sessions de 5 semaines programmées du programme EXIT concernaient 145 jeunes garçons âgés de 15 à 18 ans.
Les jeunes ont été répartis entre le « groupe EXIT » et un « groupe-contrôle ».
Les jeunes ont été évalués au début à leur arrivée, puis 4 fois sur une période de 25 mois, avec une batterie de tests mesurant :
– le syndrome post-traumatiques (PTSD),
– l’anxiété et la dépression (HSCL-25A),
– la satisfaction portant sur la vie quotidienne (CLS) et sur les attentes vis à vis de l’avenir (ELS).

Les outils utilisés étaient dans leur langue maternelle, utilisant les écrans tactiles de tablettes numériques et le MultiCASI (programme numérique).

Résultats :
A l’issue de cette étude comparative, les jeunes ayant suivi le programme EXIT avaient un PTSD moins élevé et un plus haut CLS /ELS que ceux du groupe-contrôle.
Cette étude a apporté la preuve que l’intervention planifiée avec le programme EXIT peut avoir un effet bénéfique sur l’aide apportée aux réfugiés de cultures et d’origines diverses en améliorant leurs symptômes, développer l’espoir en l’avenir et renforcer la résilience.
Ces résultats quantitatifs renforcent des études précédentes montrant que l’Art participe à la reconstruction d’un « sens » et à la connexion avec autrui en se concentrant sur les ressources et la créativité.

Un documentaire de 20 mn, « EXIT » sera diffusé (diffusion à la télévision norvégienne).

Notes de Dominique :
Melinda précise que ce travail a été conduit avec des réfugiés (garçons) mineurs non accompagnés ; en référence au thème du congrès, elle relie :
LA VOIX et L’AME avec LA PASSION : comment garder nos différences, nos individualités au cours de cette reconstruction.
L’ESPRIT et LE COEUR : comment donner du sens à notre action, et à notre façon d’agir.

Elle explique son regard sur le monde et le relie à celui de l’enfance : l’âme des choses, des arbres, des objets autour de soi : tout est vivant dans une vision enfantine quasi-magique. Elle parle du sentiment de « be at home » (être à la maison, chez soi) : c’est une place à l’intérieur de soi.
Elle raconte comment elle a travaillé avec des jeunes bosniaques réfugiés en Norvège, ainsi qu’au Nicaragua, en tant que dramathérapeute.
Elle développe l’idée de « re-patriation », de réappropriation d’un espace à l’intérieur de soi (« home »), pour pouvoir s’installer dans ce « nouveau pays » (ou « ancien » nouveau pays).
Elle pose la question : qu’est-ce que la sécurité ? quand me sens-je en sécurité (« safe ») ? Quels rapports la liberté, l’espace et le fait d’ « être-soi » entretiennent-ils ? Entre le prévisible et l’imprévisible ?
Les rituels sont là pour réduire le « passage » et les dégâts qui peuvent se produire lors de la phase liminale, qui elle induit un stress énorme.
L’idée est alors de créer/recréer comme une « pièce de jeu » dans une salle d’attente, recréer du lien, de la confiance, pour refaire partie du monde, quand on a subi tortures, arrachements du pays, impossibilités de parler, de chanter… Agir avant le syndrome post-traumatique, sinon on court le risque que l’autre s’y réfugie totalement et là, il est très difficile d’en sortir.
Il est aussi nécessaire de penser à la forme que peut prendre l’ accueil.
Le rôle de l’Art est de donner forme, encore et encore. Leur dire : « sois fier de ce que tu as traversé ». L’Art a le premier rôle quand il n’y a plus de mots, quand les corps et les voix sont cassés…
Donc le travail commence souvent avec la voix : étendre sa voix, explorer son répertoire, même avec peu de moyens.
Il est important dans ces groupes de travailler avec un « témoin », d’être à deux, de ne pas être seul en tant que thérapeute dans ce type de travail. Pour renforcer le sentiment de sécurité, l’intégration, entre autres.
Le « holding » est très important aussi à travers l’Art, et l’humour également…
On doit assumer que la tristesse et la joie puissent se regarder.

Le travail collectif en dramathérapie va créer le groupe.

Exemples :
Travail en miroir (gestuel) ; travail en cercle ; chacun guide l’autre : que sens -tu ? Sur quoi marches-tu ?
Jeu de l’animal = mise en mouvement des SENS.
Le jeu du scénario du futur (ou : « quand tout ressemble à un grand trou noir »).
Le jeu des rêves : tomber amoureux… devenir champion de tennis…
Le but est de redonner du mouvement, de provoquer la résilience, avant l’enfermement en soi, la dépression, la retraite du monde et de la vie ; arrêter de penser « la vie est une lutte ».
« Tu as le choix : si tu peux le faire, qu’emportes tu de toi dans le futur, qui vas-tu être ? Et qui es-tu maintenant ? »
Remarque : parmi ces mineurs réfugiés, il y en a beaucoup qui sont des « anchor boys », envoyés par les familles, ce qui constitue pour eux une double trahison…

L’association a obtenu un accord avec le gouvernement pour recevoir les groupes 6 semaines dans le Centre.
Par la suite, de nombreux centres se sont créés dans les pays nordiques.

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